07 juin 2008
Commission d’appel…
A tous ceux (élèves et parents) qui passent par la douloureuse épreuve de l’appel : Je rappelle d’abord que j’étais présente dans le jury en tant que présidente d'association des parents d'élèves, je n’ai donc pas l’habitude de ce genre de choses, je ne suis pas une professionnelle de l’appel. Sachez d’abord, que la commission est là pour vous aider, non point pour vous enfoncer. Les membres du jury ne se connaissent pas, il y a plusieurs professeurs, une conseillère d’orientation, un président qui est souvent directeur d’école ou de lycée et deux parents d'élèves. Avant de vous faire entrer dans la salle où nous sommes réunis, le président lit les lettres, et nous observons à la loupe les résultats scolaires des années antérieures. Il va sans dire que si vous êtes là, c’est qu’en général, ils n’étaient pas excellents pas de panique donc, cela ne veut pas dire que c’est foutu. Les lettres : Les parents expliquent simplement les raisons de l’échec de l’élève, s’il y en a, et leur motivation à refuser le conseil des professeurs ( divorces, séparations, décès, accident… Manque de motivations, enfants mal dans son école…). Elle permet de connaitre un peu mieux la vie de l'élève. Il n’est pas rare, et je le conseille vivement que l’élève se fende d’une lettre, expliquant surtout sa motivation pour l’année à venir, ses raisons d’y croire, sa volonté à ne pas accepter l'orientation ou à ne pas rester dans la même classe… Ensuite nous faisons entrer élève et parents s'ils sont là. Il y a eu des cas sans lettre, ni parent aussi. Il est évident que si les élèves peuvent venir lors de la commission, je me souviens nettement que nous avons été plus indulgent avec ceux qui se présentaient. Certains, même, sont venus non accompagnés de leurs parents, selon l’âge de l’enfant, je vous assure que c’est impressionnant. Et ça rend très indulgent, car nous avons conscience qu'il n’est pas évident de venir s’exprimer devant une dizaine d'adultes lorsqu'on est élève. C'est une preuve de la maturité de l'enfant qui, souvent est la cause principal du doublement, évoquée par les professeurs. Comme je l'explique dans les exemples ci-dessous, dans le cas des deux élèves, parfois la vérité simple touche plus le jury que de s’embourber dans des mensonges vite repérés. Le jury pose des questions simples, servant à éclaircir le dossier. D’une manière générale, nous nous plaçons tous du côté des enfants et de leurs parents. Y compris pour les professeurs présents. pas de question piège, allez-y sereins. Il y a parfois des cas très litigieux et l’on en discute pendant des heures, certains sont reprit le soir. Rien n’est fait à la légère. Je peux vous l’assurer. Nous ne connaissons pas l’élève, nous n’avons donc rien contre lui… De souvenirs plus de 80% de personnes avaient obtenus gain de cause ! J’espère que ceci vous aidera un peu… Je pense pas pouvoir en dire beaucoup plus… Et je ne détiens pas de solutions miracles hélas ! Bon courage à tous ! N'hésitez pas à me raconter, et surtout à expliquer votre histoire aux élèves et parents qui nombreux cherchent sur le net des explications et de l'aide...
Voici le cas de trois élèves durant cet appel...
Pour ceux qui n’ont jamais eu le privilège de faire appel, je vous explique.
Les professeurs donnent donc un avis défavorable à un passage en classe supérieur, ou refusent une orientation ( souvent une première scientifique, les plus demandées).
Les parents et l’élève peuvent faire appel de cette décision.
Le jour de l’appel un comité est donc rassemblé, constitué de profs, d’un directeur d’école, d’une conseillère d’orientation, et de parents. Je ne me souviens plus du nombre, de souvenirs nous étions deux parents.
Si l’élève est dans l’école d’une des personnes présentes, elle sort pour ne pas avoir à statuer sur le cas, ni à influencer le débat.
La plupart des cas, l’élève vient défendre lui même son bout de gras, je fus étonné d’en voir même sans leurs parents.
La première chose qui m’a frappé, c’est la maturité de la plupart de ces élèves.
Dans certains cas, il y a le maintient de sanction, à savoir que l’élève a de bons résultats mais perturbe la classe ou ne vient pas en cours. Petite leçon de moral, et bien sûr on accorde le passage.
La plupart se défendent, promettent des vacances de cours de rattrapages, jurent grands dieu, que c’est une leçon qu’ils ne sont pas prêt d’oublier !
ELEVE 1 : Un élève s’était présenté, il voulait nous parler sans ses parents, c’est son droit, annonçant : j’ai besoin d’un maintient, mais mes parents n’y tiennent pas. Vite réglé aussi. On écoute l’élève bien-sûr.
ELEVE 2 : Un autre cas nous avait amusé. Le papa avait tenu à nous parler seul d’abord, et avait tenu un discours très paternel, très autoritaire sur son fils, je n’aurai pas aimé avoir un père comme ça, car on le sentait hyper dominant.
Il voulait une première scientifique et non pas un maintient en seconde comme le préconisait ses profs.
Lui-même, à la tête de deux entreprises, envoyait son rejeton au Japon pour faire un stage dans une de ses boites, histoires de le faire bosser… Et d’apprendre le japonais.
Il fait ensuite entrer son fils qui s’écrase sur une chaise, son père lui ordonne de se redresser.
Le président de la commission s’adresse à lui :
- Pourquoi en êtes vous arrivé là ?
Et le gamin, pas farouche pour 2 sous :
- Bein, c’est simple, je suis un jeune con, moi ma vie c’est la fête. Je sors tout le temps, du coup je dors en classe et j’ai pas le temps de bosser. Je suis jeune si je ne profite pas de la vie maintenant, je le regretterais.
- Vous avez bien raison, lui réponds le président sans ironie. Ne pensez-vous pas que vous pourriez concilier les deux ?
- Oui, bien sûr si j’étais mûr. Mais je ne le suis pas.
- Nous avons observé votre dossier, vous avez de très bons résultat en économie, vous aimez ça ?
- Ca coule de source l’économie. Ca ne demande pas de boulot. Je sais ce que vous attendez, que je vous dise : c’est promis je vais bosser toutes mes vacances comme un dingue pour rattraper mon retard… Mais si je mets mon énergie à bosser pendant les vacances je ne ferai plus rien en septembre. Je pense avoir les capacité de passer, mais je dois me motiver pour reprendre du bon pied en septembre. Sortir ? Je n’arrêterai pas, mais peut-être pourrais-je limiter ça au week-end. Enfin, je pense sincèrement que j’en suis capable si j’en ai envie, et pour l’instant je ne suis pas certain d’en avoir envie. Il faut que je me motive. Mais je suis certain que si je redouble je n’aurai aucune motivation. Ca c’est sur ! Mais je ne promets pas du tout que le passage déclencherai cette motivation.
- Ca a le mérite d’être très clair. Savez vous ce que vous voulez faire plus tard ? Lui demande le président.
- Je viens de vous dire que j’étais immature, il se marre franchement, sans aucune ironie vis à vis du président, non la question l’amuse. Fêtards ? Ou dans le milieu de la nuit, j’ai déjà des cartes d’entrées partout.
On rit tous. Le président provoque gentiment :
- Quelle boite nous conseillez-vous pour ce soir ?
- Si vous n’avez que des losers comme moi, votre journée va être difficile ! Tel bar serait plus calme pour la migraine. Mais si l’envie de vous défouler vous prends, celui-ci est mieux.
On se marre franchement.
- Seriez-vous contre une première B ?
Le papa qui n'avait rien dit jusqu’à présent tic et répond :
- Disons, que, parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut faire, une première scientifique lui laisserait plus de choix.
Le président jette un coup d’œil sur le carnet scolaire.
- 5 de moyenne en physique pour une première S, c’est pas terrible !
- Certes, mais il se rattrapera, essaie le père.
- Il vient de nous dire que non ! S’adressant au fils, le président s’interroge, vous venez de nous faire une belle démonstrations de commerce et de droit. Je vous vois plus dans une de ces deux domaines que médecin, qu’en pensez-vous ?
- Ca f’rait pas plaisir à tout le monde, clin d’œil ironique ce coup-ci. Mais moi, j’irai là où on me dira.
- Un première économique serait peut-être plus facile pour vous, il semble que vous ayez quelques facilités.
- Est ce que j’aurai plus de temps libre pour sortir ? s’amuse le gamin complètement ironique.
On resterait bien des heures avec ce gosse, il nous plait à tous d’instinct. Il est amusant, plaisant, pas menteur pour deux sous. Le président explique au père qu’il serait peut-être préférable que le fils ne fasse pas son stage, et sortent tranquillement pendant les vacances. Le père est ébahi.
On le fait passer en 1ere B, avec un avis de repos pendant les vacances (si si, c'est inscrit sur l'avis officiel de passage !), et un conseil de visite chez le psychologue scolaire ( plus en direction du père)… On trouvera dans son dossier que ce garçon avait fait un test de QI dont le résultat était très au delà de la moyenne Française. Ca n’étonna personne.
ELEVE 3 :
Une autre élève est arrivée tremblante, rouge écarlate, derrière sa maman, gros problème de timidité. Lettre de psy à l’appui. Elle voulait entrer en première littéraire, les profs ayant tout essayé pour la faire sortir de ses gonds sans succès voulait l’envoyer en BEP.
Elle veut faire les beaux-arts, nous avertie sa maman.
Le président lui pose calmement des questions, elle tremble plus encore, c’était terrible, on a mal pour elle, mais elle ne réponds jamais…
Comment pourrait-elle passer l’entretient d’entrée des Beaux-Arts, si elle ne parle pas ?
Les résultats des cours sont bien en dessous de la moyenne… Nous avons statué sur un BEP d’arts après des heures et des heures de discutions, ce fut notre litige à nous membre du jury… Le président a même proposé d’utiliser ses contacts pour être sûr d’obtenir une place pour elle.
Peut-être y trouvera-t-elle la confiance qu’elle n’avait jamais eu ? Surtout rien ne l’empêchera d’obtenir par la suite, un bac pro et de se présenter aux beaux-arts.
Cette histoire a bien 5 ans, et je pense toujours à ces deux gamins, c’est difficiles de statuer sur la vie d’un élève. Nous ne serons jamais si cela leur a porté préjudice ou non…
J’espère pour eux que nous avons fait le bon choix.