07 juin 2008
Casse-tête…
J’expliquerais un jour tout ça en détail, mais voilà, à ce jour, nous ne savons pas où nous vivrons dans 2 mois… Londres again ? Les States ( our dream…) ? Le Canada ? L’Australie ( our second dream) ? L’Inde ? Le Japon ? La Belgique ? La France ? Le sud ? Le nord ?
Comme dans deux mois, c’est aussi les grandes vacances, je suis en train d’inscrire mes enfants dans toutes les écoles de France, de Navarre et du monde…
Sachant pertinemment, que j’ai quasi 100% de possibilités, qu’aucune de ces inscriptions ne servent à quelque chose… Mais bon…
Avec un peu de chance, je serai tombée pile poil sur le bon cheval… Y en a bien qui font le tiercé gagnant dans l’ordre, pourquoi pas moi !
Par instinct de survie aussi, je les ai inscris dans le nord de la France, chez les ch’tis, région de mon enfance, près de chez la rassurante personne qui se tient au bout de mon cordon ombilical.
Je trouve donc (très aidée par la famille) une place dans une classe européenne pour ma fille.
Une place dans deux écoles différentes pour mon second ( une avec anglais, l’autre sans, mais plus près de chez môman).
Pour le troisième je cherche, une grande section de maternelle, bien qu’il ait l’age de rentrer en CP.
J’estime que c’est un enfant qui n’a pas les bases ( sa surdité ne l’aidant pas, scolarité uniquement anglaise, et comme il a à peu près la taille d’un bon futur président, nul ne voit qu’il a déjà 6 ans - à part la petite dent de lait tombée sniff, j’en suis toujours pas remise !-), j’estime donc que commencer par une grande section, c’est mieux que par un CP pour se remettre à niveau... Sans compter qu’il parle très mal français !
Et là, surprise… On me refuse ce « maintient ». Le doublement n’est pas de droit en France !
Evidemment, ils sont tous surpris, parce qu’en général, ils ont plutôt affaire aux parents qui demandent à faire passer un enfant bien qu’un prof ait décidé de le maintenir !
Dans mon cas précis, je ne peux même pas faire appel de la décision du conseil de classe, puisqu’il n’y a pas eu de conseil.
C’est donc un dossier dit « sensible ».
Je dois tenter de monter une défense avec psychologue et médecin scolaire. Mais y a pas d’accusation… Médecin et psy de l’école dans lequel je veux mettre mon fils…
J’ai été projeté quelques années en arrière, dans mes souvenirs.
Les appels nombreux et répétés à l’encontre de la décision du conseil de classe me concernant…
Puis, plus tard je fis moi même partie d’une commission d’appel.
C’est drôle, j’y ai appris pleins de choses.
Pour ceux qui n’ont jamais eu le privilège de faire appel, je vous explique.
Les professeurs donnent donc un avis défavorable à un passage en classe supérieur, ou refusent une orientation ( souvent une première scientifique, les plus demandées).
Les parents et l’élève peuvent faire appel de cette décision.
Le jour de l’appel un comité est donc rassemblé, constitué de profs, d’un directeur d’école, d’une conseillère d’orientation, et de parents. Je ne me souviens plus du nombre, de souvenirs nous étions deux parents.
Si l’élève est dans l’école d’une des personnes présentes, elle sort pour ne pas avoir à statuer sur le cas, ni à influencer le débat.
La plupart des cas, l’élève vient défendre lui même son bout de gras, je fus étonné d’en voir même sans leurs parents.
La première chose qui m’a frappé, c’est la maturité de la plupart de ces élèves.
Dans certains cas, il y a le maintient de sanction, à savoir que l’élève a de bons résultats mais perturbe le classe ou ne vient pas en cours. Petite leçon de moral, et bien sûr on accorde le passage.
La plupart se défendent, promettent des vacances de cours de rattrapages, jurent grands dieu, que c’est une leçon qu’ils ne sont pas prêt d’oublier !
Un élève s’était présenté, il voulait nous parler sans ses parents, c’est son droit, annonçant : j’ai besoin d’un maintient, mais mes parents n’y tiennent pas. Vite réglé aussi. On écoute l’élève bien-sûr.
Un autre cas nous avait amusé. Le papa avait tenu à nous parler seul d’abord, et avait tenu un discours très paternel, très autoritaire sur son fils, je n’aurai pas aimé avoir un père comme ça, car on le sentait hyper dominant.
Il voulait une première scientifique et non pas un maintient comme le préconisait ses profs.
Lui même à la tête de deux entreprises, envoyait son rejeton au Japon pour faire un stage dans une de ses boites, histoires de le faire bosser… Et d’apprendre le japonais.
Il fait ensuite rentré son fils qui s’écrase sur une chaise, son père lui ordonne de se redresser.
Le président de la commission s’adresse à lui :
- Pourquoi en êtes vous arrivé là ?
Et le gamin, pas farouche pour 2 sous :
- Bein, c’est simple, je suis un jeune con, moi ma vie c’est la fête. Je sors tout le temps, du coup je dors en classe et j’ai pas le temps de bosser. Je suis jeune si je ne profite pas de la vie maintenant, je le regretterais.
- Vous avez bien raison, lui réponds le président sans ironie. Ne pensez-vous pas que vous pourriez concilier les deux ?
- Oui, bien sûr si j’étais mûr. Mais je ne le suis pas.
- Nous avons observé votre dossier, vous avez de très bons résultat en économie, vous aimez ça ?
- Ca coule de source l’économie. Ca ne demande pas de boulot. Je sais ce que vous attendez, que je vous dise : c’est promis je vais bosser toutes mes vacances comme un dingue pour rattraper mon retard… Mais si je mets mon énergie à bosser pendant les vacances je ne ferai plus rien en septembre. Je pense avoir les capacité de passer, mais je dois me motiver pour reprendre du bon pied en septembre. Sortir ? Je n’arrêterai pas, mais peut-être pourrais je limiter ça au week-end. Enfin, je pense sincèrement que j’en suis capable si j’en ai envie, et pour l’instant je ne suis pas certain d’en avoir envie. Il faut que je me motive. Mais je suis certain que si je redouble je n’aurai aucune motivation. Ca c’est sur ! Mais je ne promets pas du tout que le passage déclencherai cette motivation.
- Ca a le mérite d’être très clair. Savez vous ce que vous voulez faire plus tard ? Lui demande le président.
- Je viens de vous dire que j’étais immature, il se marre franchement, sans aucune ironie vis à vis du président, non la question l’amuse. Fêtards ? Ou dans le milieu de la nuit, j’ai déjà des cartes d’entrées partout.
On rit tous. Le président provoque gentiment :
- Quelle boite nous conseillez-vous pour ce soir ?
- Si vous n’avez que des losers comme moi, votre journée va être difficile ! Tel bar serait plus calme pour la migraine. Mais si l’envie de vous défouler vous prends, celui-ci est mieux.
On se marre franchement.
- Seriez-vous contre une première B ?
Le papa qui s’était tut jusqu’à présent tic et réponds.
- Disons, que, parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut faire, une première scientifique lui laisserait plus de choix.
Le président jette un coup d’œil sur le carnet scolaire.
- 5 de moyenne en physique pour une première S, c’est pas terrible !
- Certes, mais il rattrapera, essaie le père.
- Il vient de nous dire que non ! S’adressant au fils, le président s’interroge, vous venez de nous faire une belle démonstrations de commerce et de droit. Je vous vois plus dans une de ces deux domaines que médecin, qu’en pensez-vous ?
- Ca f’rait pas plaisir à tout le monde, clin d’œil ironique ce coup-ci. Mais moi, j’irai là où on me dira.
- Un première économique serait peut-être plus facile pour vous, il semble que vous ayez quelques facilités.
- Est ce que j’aurai plus de temps libre pour sortir ? s’amuse le gamin complètement ironique.
On resterait bien des heures avec ce gosse, il nous plait à tous d’instinct. Il est amusant, plaisant, pas menteur pour deux sous. Le président explique au père qu’il serait peut-être préférable que le fils ne fasse pas son stage, et sortent tranquillement pendant les vacances. Le père est ébahi.
On le fait passer en 1ere B, avec un avis de repos pendant les vacances, et un conseil de visite chez le psychologue scolaire ( plus en direction du père)… On trouvera dans son dossier que ce garçon avait fait un test de QI dont le résultat était très au delà de la moyenne Française. Ca n’étonna personne.
Une autre élève est arrivée tremblante, rouge écarlate, derrière sa maman, gros problème de timidité. Lettre de psy à l’appui. Elle voulait entrer en première littéraire, les profs ayant tout essayé pour la faire sortir de ses gonds sans succès voulait l’envoyer en BEP.
Elle voulait faire les beaux-arts, nous avertie sa maman.
Le président lui pose calmement des questions, elle tremble plus encore, c’était terrible, on a mal pour elle, mais elle ne réponds jamais…
Comment pourrait-elle passer l’entretient d’entrée des Beaux-Arts si elle ne parle pas ?
Les résultats des cours n’étaient pas terribles, bien en dessous de la moyenne… Nous avons statué sur un BEP d’arts après des heures de discutions… Le président a même proposé d’utiliser ses contacts pour être sur d’obtenir une place pour elle. Peut-être y trouvera-t-elle la confiance qu’elle n’avait jamais eu ? Surtout rien ne l’empêchera d’obtenir par la suite, un bac pro et de se présenter aux beaux-arts.
Cette histoire a bien 5 ans, et je pense toujours à ces deux gamins, c’est difficiles de statuer sur la vie d’un élève. Nous ne serons jamais si cela leur a porté préjudice ou non…
J’espère pour eux que nous avons fait le bon choix.
J’espère que quelqu’un fera le bon choix pour mon fils…